Radiothérapie, Séquelles, Moyens

Qu’est-ce que la radiothérapie ?

La radiothérapie est un outil (local, comme la chirurgie), indispensable pour traiter le cancer. Elle est réalisée avec des rayonnements ionisants et délivre une énergie donnée à un tissu donné, afin de tuer les cellules tumorales.

Dr Sylvie DELANIAN Oncologue Radiothérapeute, Hôpital Saint-Louis

La radiothérapie est un outil, un outil pour traiter le cancer.

À la différence de la chirurgie qui est un couteau, l’outil de la radiothérapie c’est de l’énergie qui est déposée dans un tissu et qui permet de traiter ; donc de l’énergie qui est déposée ; et cela a pour conséquence de réduire un ennemi, notamment le cancer.

En matière de cancer, la radiothérapie sert à deux choses : elle aide les patients à avoir moins mal ou moins saigner, cela s’appelle la radiothérapie palliative ; et la radiothérapie, quand même la plus «noble», la radiothérapie à visée curative qui permet de guérir 50% des cancers.

Sans radiothérapie, il n’y aurait pas de guérison possible du cancer, bien évidemment associée à la chirurgie et/ou la chimiothérapie. Donc, c’est un outil indispensable.

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Quelles sont les complications liées à la radiothérapie ?

Généralement, les patients sont suivis avec régularité pendant cinq ans. On surveille une éventuelle rechute du cancer ou des complications immédiates provenant des traitements oncologiques. Au-delà, les patients considérés comme guéris, sont rarement suivis et pourtant ils peuvent être confrontés à des pathologies plus ou moins graves.

Dr Sylvie DELANIAN Oncologue Radiothérapeute, Hôpital Saint-Louis

Lorsque nous surveillons les patients, en général cinq ans, on va traquer la possible récidive ou la complication. Et puis, les patients disparaissent dans la nature, en se disant : on a repris le train quotidien de la vie ; et c’est là, où ils ne sont plus surveillés ; et c’est là où une neuropathie des membres inférieurs va mettre cinq ans pour être diagnostiquée, une cardiopathie ou une pneumopathie peut ne pas être diagnostiquée.

 

Dr Pierre-François PRADAT Neurologue, Hôpital La Pitié-Salpêtrière

Ce que nous apprennent les complications de la radiothérapie, c’est que ces complications peuvent survenir des années après une agression environnementale ; donc on comprend bien toute la complexité d’identifier les facteurs environnementaux dans les pathologies.

 

Dr Sylvie DELANIAN Oncologue Radiothérapeute, Hôpital Saint-Louis

S’il existe des patients que les Américains appellent «long survivors » c’est-à-dire des patients guéris qui vivent longtemps, peuvent apparaitre des ennuis potentiels dans la zone qui a reçu des rayons. La radiothérapie étant localisée exactement comme la chirurgie, il ne peut y avoir de conséquences positives ou négatives de la radiothérapie que là où on l’a faite. Par voie de conséquence, il peut y avoir des complications en relation avec ce traitement, non pas parce qu’il y aurait eu faute ou trop de traitement mais, uniquement et tout simplement, parce que tout traitement efficace peut être parfois dangereux.
Il existe de petites séquelles, grade 1 ou 2, extrêmement mineures et assez fréquentes. Prenons l’exemple du cancer du sein. Un sein un peu plus pimenté qui va être rétracté, ce qui n’est pas gênant pour la vie et qui va simplement rester comme une cicatrice souvenir.
En revanche les complications graves, dont je vous parlais tout à l’heure, qui peuvent survenir et qui s’appellent séquelles, peuvent exister, mais de quelques mois à quelques années après, c’est-à-dire 5 ans, 10 ans, 15 ans, 30 ans après une radiothérapie.
Pour une irradiation qui concerne la chaine mammaire interne, il y a eu, par exemple, des complications cardiaques qui ont été observées ces dernières années, ou pour une irradiation du creux axillaire et sus-claviculaire des plexopathies radio-induites. C’est exceptionnel mais cela existe.
D’autres complications peuvent être observées, mineures ou majeures, dans d’autres organes. Par exemple pour une irradiation pelvienne pour cancer du rectum, de la prostate ou du col, un évènement fréquent est la présence de troubles digestifs. Mineure, c’est une selle ou deux par jour un peu plus liquide, majeure, cela peut être une occlusion.
Donc, tous les évènements mineurs ou majeurs peuvent exister. Les évènements majeurs sont très rares mais lorsqu’ils surviennent sont assez intéressants et n’ont rien à voir avec un accident.

 

Dr Pierre-François PRADAT Neurologue, Hôpital La Pitié-Salpêtrière

Le système nerveux est très sensible à la radiothérapie. Je dirais même, ce n’est pas tellement les cellules nerveuses qui sont elles-mêmes sensibles, c’est plutôt les cellules qui l’environnent.
On sait que les neurones pour fonctionner, ont besoin d’être vascularisés, de recevoir de l’oxygène. Ils ont besoin de se protéger contre les infections, donc il y a des cellules spéciales pour cela. Et puis, il y a des cellules de soutien. Le système nerveux fonctionne en réseau, donc il a besoin d’un environnement qui permettre de maintenir l’architecture de ce réseau.
Ce qui se passe après la radiothérapie, c’est que cet environnement des neurones va être désorganisé. Alors, on va avoir, notamment, une diminution de la vascularisation, donc les neurones n’ont plus suffisamment d’oxygène pour pouvoir fonctionner ; et autour de ce neurone va se former ce qu’on appelle une fibrose, une fibrose c’est comme une cicatrice, qui va comprimer les neurones et qui va les empêcher de pouvoir repousser, parce que ces neurones ont une capacité intrinsèque de pouvoir réémettre des prolongements, un peu comme des branches d’arbres qu’on aurait coupées, et bien, cette fibrose va créer un obstacle physique qui empêche la repousse des axones.
Je dirais que ce sont là les effets principaux de la radiothérapie, même si on en encore besoin de faire beaucoup de travail de recherche fondamentale pour en comprendre tous les mécanismes.

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Ces séquelles sont-elles irréversibles ?

Un dogme est répandu parmi les médecins, à la lumière des connaissances jusque-là enseignées, selon lequel les lésions liées à la radiothérapie (en particulier neurologiques) sont irréversibles. Ce dogme est faux puisque il est apparu, depuis plus de 10 ans, de nouveaux traitements qui permettent de faire reculer les séquelles.

Dr Sylvie DELANIAN Oncologue Radiothérapeute, Hôpital Saint-Louis

Jusqu’à présent, on considérait que la séquelle de la radiothérapie était une cicatrice, comme en chirurgie d’ailleurs, et que toute cicatrice était, par définition, irréversible.
Et là, je me permets de faire une petite parenthèse personnelle, mais je me suis donné comme objectif, il y a une vingtaine d’années, de transformer le mot « irréversible » en « réversible » ou du moins d’essayer.
Et c’est la raison pour laquelle j’ai rejoint des chercheurs au Commissariat à l’Energie Atomique pour comprendre, comprendre les mécanismes, ça s’appelle la physiopathologie et on a cherché à démonter les mécanismes sous forme de plusieurs étapes, comme des marches d’escalier, en se disant et si on bouge à tel endroit qu’est-ce que ça peut devenir… et il y a eu des fruits.
Évidemment, on ne transforme pas avec une baguette magique, mais on peut obtenir 50, 80, 90% de bonnes réponses, c’est-à-dire des gens qui vont être transformés dans leur vie avec une réduction des séquelles. Je pense à une nécrose dans la bouche après un cancer ORL ; si on traite correctement cette nécrose qui disparaît en 3 à 6 mois au lieu de rester toute la vie, c’est intéressant. Et il y a d’autres exemples.
Il y a des traitements qui ont fait leurs preuves récemment.
J’ai le plaisir de diriger l’Unité que j’ai mise au point à l’Hôpital Saint-Louis et il y en a d’autres qui sont en devenir et il y a très peu de centres qui s’y intéressent, mais il y en a, qui nécessiteraient peut-être un peu d’aide, d’infrastructures et de personnel pour aller plus vite.

 

Dr Pierre-François PRADAT Neurologue, Hôpital La Pitié-Salpêtrière

On sait que le dogme répandu, y compris parmi des médecins, ce dogme «des lésions nerveuses faisant suite à la radiothérapie sont irréversibles», ce dogme est faux. On sait depuis longtemps que les neurones, notamment dans le système nerveux périphérique, dans le système nerveux central c’est compliqué, mais les neurones ont une capacité intrinsèque de régénération.
Concrètement, en fait, on travaille de façon très transversale depuis l’expérimentation jusqu’aux applications thérapeutiques ou diagnostiques chez l’homme.
Je peux citer un certain nombre de travaux. Un des enjeux c’est de pouvoir détecter précocement les complications de la radiothérapie. Et jusqu’à présent, ce n’est pas le cas. En fait, le diagnostic est porté souvent tardivement, et malheureusement les patients suivent un long trajet médical avec des consultations multiples avant que le diagnostic de « complication de la radiothérapie » soit finalement porté. Et ça, c’est une vraie perte de chances pour les patients, d’autant que maintenant, on s’achemine vers des traitements qui sont des traitements protecteurs qui ont d’autant plus de chances de fonctionner que la maladie sera prise précocement.

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Pour télécharger le Tableau des séquelles de la radiothérapie, cliquez ICI

Quels moyens pour la recherche ?

La France a des capacités, des chercheurs – notamment de jeunes chercheurs – mais malheureusement elle n’a pas les budgets.
En outre, cette question est trop considérée comme un « service après-vente » pas assez noble.

Dr Sylvie DELANIAN Oncologue Radiothérapeute, Hôpital Saint-Louis

Tous ces travaux avancent parce qu’ils sont soutenus par la bonne volonté d’individus qui se sont rencontrés et qui ont décidé d’alimenter une problématique pour essayer de limiter la souffrance des patients ; la compassion, c’est notre métier, mais… pour aller au-delà.

 

Dr Pierre-François PRADAT Neurologue, Hôpital La Pitié-Salpêtrière

On a la capacité, on a les chercheurs, on rencontre en permanence des jeunes chercheurs qui auraient envie de travailler sur ce domaine-là, malheureusement on n’a pas les budgets. C’est triste mais ils vont travailler dans d’autres laboratoires sur des sujets qui sont plus à la mode, pour lesquels il y a plus de facilités pour trouver des bourses de recherche.

 

Dr Sylvie DELANIAN Oncologue Radiothérapeute, Hôpital Saint-Louis

Il faut être un peu plus nombreux pour travailler et avec des moyens.

 

Dr Pierre-François PRADAT Neurologue, Hôpital La Pitié-Salpêtrière

Et puis, dans nos domaines qui sont les maladies neurologiques, il y a toute la problématique du handicap. Et c’est des patients qui ont des difficultés, au jour le jour, pour les choses qui nous paraissent les plus simples de la vie quotidienne.
Donc c’est un devoir de pouvoir les aider et je dirais que c’est un devoir de pouvoir les aider quelle que soit leur origine géographique et quelle que soit leur condition sociale pour qu’ils puissent tous bénéficier des dispositifs d’aide, qui d’ailleurs, parfois existent mais qui sont mal connus et pour lesquels les réseaux sont insuffisamment développés.

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