Cancer, que de Progrès

Dr Stephane VIGNES, MD. Chef de Service de l’Unité de Lymphologie, Centre de Référence des maladies vasculaires rares Hôpital Cognacq-Jay, 75015 Paris. Email : stephane.vignes@cognacq-jay.fr

Opération de Halstedt, mastectomie emportant le muscle pectoral, « bombe au cobalt », chimiothérapie lourde postopératoire pendant 1 an… Tous ces traitements ont aujourd’hui disparu de la prise en charge du cancer du sein localisé. C’était il y a 40 ans, c’est à la fois lointain et proche. A l’époque, c’était le prix de la guérison. Que de chemin parcouru depuis ces premiers traitements !

Des progrès dans la chirurgie du sein avec des exérèses partielles, des mastectomies respectant les muscles, des curages axillaires plus économes dont le développement de la technique du ganglion sentinelle, une radiothérapie plus ciblée et moins dosée, des chimiothérapies adjuvantes plus brèves et associée à de nouveaux anti-émétiques faisant disparaître le spectre des vomissements… Oui des traitements mieux tolérés, plus efficaces… mais toujours aussi éprouvants physiquement et moralement.

Les effets indésirables étaient en effet beaucoup plus fréquents et graves avec les traitements anciens, avec des complications précoces mais surtout tardives, invalidantes, comme le lymphœdème, parfois très volumineux et/ou associé à une atteinte neurologique du plexus brachial. Dans certaines études anciennes, près de 100% des femmes avaient un lymphœdème du membre supérieur après traitement d’un cancer du sein !
Il peut aussi s’y associer des douleurs neuropathiques de plexite, d’intensité variable et de traitement difficile, traitement entraînant lui-même des effets indésirables comme somnolence et troubles mnésiques.

Heureusement, ces effets indésirables sont peu fréquents à ce jour. Ils touchent cependant encore les populations traitées il y a de nombreuses années et parfois aussi celles traitées plus récemment. Le retentissement est très important, psychologique, fonctionnel, social et professionnel. Le cancer est guéri, presque oublié, mais les séquelles persistent, ne s’oublient pas rappelant la maladie causale. Ces séquelles ne guérissent pas et peuvent même s’aggraver avec le temps, majorant la gêne et le handicap.

Il est nécessaire de s’y intéresser, de ne pas les minimiser, d’entendre les patients qui en souffrent, de les prendre en charge de façon spécifique dans le cadre de l’après cancer. La recherche est indispensable dans ces domaines, pour mieux prendre en compte et comprendre ces effets indésirables, d’essayer de trouver des traitements, « de faire progresser la science » comme on dit, afin d’améliorer la qualité de vie des patients guéris du cancer.